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RDC : qui se cache derrière l’attaque de la Monusco ?

RDC : qui se cache derrière l’attaque de la Monusco ?

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Après l’attaque de la base onusienne de Semuliki du 7 décembre 2017

Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière contre la Monusco en RDC depuis son déploiement en 1999. Mais trois jours après l’assaut de la base de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco) de Semuliki, les circonstances de l’assaut sont encore troubles. Selon les premières informations, les assaillants auraient attaqué la base des Nations unies jeudi 7 novembre en fin de journée. Dès le début de l’attaque, les assaillants auraient détruit le poste de communication, rendant la base de Semuliki injoignable par le commandement des Nations unis. Mais plusieurs questions restent ensuite sans reposes, notamment sur la lenteur de la riposte des casques bleus (dont l’hélicoptère n’est intervenu que le vendredi matin), et des soldats congolais des FARDC (dont un poste militaire se trouvait à 500 mètres de la base des casques bleus tanzaniens). L’ONU promet une enquête, mais le bilan est lourd : 15 casques bleus sont morts et 53 ont été blessés. Du côté gouvernemental, les informations restent floues : les FARDC font état d’un officier blessé et d’un disparu, alors que l’ONU a annoncé la mort de 5 soldats congolais. Kinshasa affirme par ailleurs que 72 assaillants ont été tués.

 

Armée congolaise: le retour des soupçons

Les massacres sans fin se suivent dans la région de Beni depuis 2014. La base attaquée des casques bleus de Semuliki se trouve en plein coeur d’une zone ravagée par les attaques présumés de rebelles ougandais des Allied Democratic Forces (ADF). En trois ans, plus de 1.000 morts ont été recensés dans la région. Les victimes sont exclusivement des civils, tués ou égorgés la plupart du temps à l’arme blanche. L’attaque de la base des Nations unies marque donc un tournant dans cette série de massacres, puisque c’est la première fois que les casques bleus sont directement visés par une attaque. Fait troublant : alors que les attaques imputées aux ADF contre les populations civiles se font avec des armes sommaires (des machettes et des couteaux), l’assaut de la base militaire de Semuliki s’est effectué à l’arme lourde, notamment au moyen de lance-roquettes. Le camp des casques bleus a d’ailleurs et partiellement détruit. La singularité de cette attaque remet donc sur la table les soupçons de collusion entre certains groupes armés, dont les fameux ADF, avec des militaires congolais de l’armée régulière (FARDC). Un rapport des experts de l’ONU et du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) ont récemment pointé la responsabilité du général Muhindo Akili Mundos, comme « complice et co-auteur de certains massacres de masse »

 

Pour le départ d’une « force ingérente » ?

Plusieurs questions se posent après l’attaque de la base onusienne. D’où proviennent les armes ? Pourquoi l’armée congolaise n’ont pas réagit plus rapidement ? Quel intérêt avaient les rebelles ADF de cibler une base de l’ONU ? Des questions pour l’instant sans réponse. D’autant que cette attaque tombe dans un curieux timing. Lundi dernier, soit 3 jours avant l’attaque de Semuliki, l’organisation Human Rights Watch (HRW) accusait l’armée congolaise d’avoir recruté des ex-rebelles du M23 pour réprimer dans le sang les manifestations de décembre 2016 – voir notre article. Un rapport, qui comme de nombreux autres, tend à démontrer que Kinshasa joue dangereusement avec les groupes armés, s’en servant à la fois pour justifier l’insécurité en RDC et reporter, par exemple, les élections, et à la fois pour réprimer ou faire la guerre par procuration. Des mercenaires bien utiles dont le pouvoir se sert en fonction des circonstances. Une « stratégie du chaos » savamment orchestrée et dénoncée par l’opposition congolaise, qui accuse le président Joseph Kabila de vouloir ainsi se maintenir au pouvoir malgré la fin de son mandat. Enfin, cette attaque sert aussi les intérêts de Kinshasa qui cherche depuis plusieurs années à faire partir la Monusco, qu’elle considère comme une « force ingérente » aux affaires congolaises. Si cette attaque ne remettra sans doute pas immédiatement en cause la présence des casques bleus en RDC, elle rendra sans doute plus « prudente » l’attitude de la Monusco sur le terrain, ce qui arrange Kinshasa, plongée depuis plusieurs dans une grave crise pré-électoral.

Christophe RIGAUD – Afrikarabia

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